TEMOIGNAGE 01

 

 

 

MERCREDI  1er AVRIL 1958  p:119

Nous revenons d’une visite chez les Chahib, de l’autre côté du

piton. Nous avons été accueillis très amicalement. Pour la

circonstance, on avait étendu par terre une couverture multicolore

ravissante. De l’autre côté d’une tenture qui cloisonne la kaïma, les

femmes parlent à voix basse. Les principaux chefs de famille sont

rassemblés autour de nous. L’un d’eux parle français.

Nous ne pouvons pas ne pas parler de la guerre. C’est le

problème principal de ces hommes, le nôtre aussi. « Avant, nous

dit-il, nous vivions heureux dans notre ferme près d’El Khadra.

Nous y avions des jardins, nous y cultivions du blé que nous

récoltions aux environs du 15 mai. Maintenant, il a fallu partir.

Nous sommes regroupés ici, mais nous avons perdu notre

troupeau. Quinze cents chèvres et moutons sont partis dans la

nuit. J’ai prévenu la sentinelle : « Sentinelle, mon troupeau s’enfuit.

Avertissez le chef de poste » – « Ne t’en fais pas, on ira le chercher

demain matin. » Et le lendemain, impossible de le retrouver. Le

gouvernement nous a donné alors environ trois cents bêtes.

Quelques jours plus tard, les fellaghas nous les ont enlevées.

Ce qui

est étrange, c’est que le troupeau des Ouled Sidi Hamza n’a pas été

volé… »

Il fait une pose et ajoute :

 « Ils sont mieux que les Chahib avec les fellaghas. »

(Il y a peut-être une rivalité entre les deux tribus)

les Chahib avaient invité des militaires à un méchoui, il y eut

harcèlement le soir. Ces dissensions multiplient les difficultés. Sans

population unie contre les fellaghas, rien n’est possible.) « Ah, la

paix, poursuit-il. Quand reviendra-t-elle ?

Vendredi 03 avril 1958.

Les sections marchent depuis plusieurs heures. Au moment  précis de notre départ, trois Ouled Sidi Hamza allument un feu.  On les arrête et on nous prévient par téléphone. Devant le visage  intelligent de ces hommes, on se sent désarmé. La radio capte le  message d’un commando fellagha dans les parages : un avion en  patrouille l’oblige à se cacher.  

 

L’Algérie mal enchaînée par Pierre Boudot

 

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